Traite des femmes et jeunes filles autochtones à des fins d'exploitation sexuelle à l'échelle nationale

Lisa – une histoire vraie: Lisa, une autochtone de 19 ans, a reçu un diagnostic du trouble du spectre de l’alcoolisation fœtale (TSAF) lorsqu’elle était enfant. Elle a été élevée au sein d’organismes de protection de l’enfance avec ses 12 frères et sœurs. Sa mère biologique s’est suicidée alors que Lisa avait 14 ans et qu’elle était enceinte de son premier enfant. En août 2009, elle a quitté Edmonton pour l’Ontario sur de fausses promesses obtenues par l’intermédiaire d’un site de rencontre en ligne. Dès son arrivée, elle a été amenée dans un club de danseuses nues aux environs de Mississauga où on lui a présenté un trafiquant nommé Marlo Williams.  Williams l’a agressée, séquestrée dans son appartement, et forcée à faire du strip-tease. Lisa réussit à s’échapper et à se réfugier dans un centre d’hébergement pour jeunes où elle fit la connaissance de Randy Estick. Malgré sa promesse de l’aider à retourner à Edmonton, lui aussi força Lisa, ainsi qu’une autre femme, à faire du strip-tease et à se prostituer. Un jour, l’autre femme a organisé une « sortie à quatre » avec un client régulier dans un hôtel à Vaughan, en Ontario. Le client proposa d l’alcool et de la cocaïne aux jeunes femmes. Victime d’une surdose, Lisa trouva le moyen de se rendre dans le toilettes du hall d’hôtel a appelé la police. Cette histoire vraie s’est soldée par une condamnation des trafiquants, mais pour des infractions autres que la traite des personnes. Lisa a obtenu de l’aide grâce aux services et au soutien de CEASE, un organisme d’Edmonton, et de l’organisme Canada Fights Human Trafficking, étable en Ontario. Les services de police d’Edmonton et de la région de York ont collaboré activement à l’enquête et aux dépôts des accusations. Le processus de guérison de Lisa se poursuit.

Au Canada et aux États-Unis, les femmes et jeunes filles autochtones sont particulièrement vulnérables à la traite du fait des répercussions à long terme des réalités suivantes :

  • La colonisation, y compris le système de pensionnats dans le cadre duquel des générations d'enfants ont été retirés de leur famille et de leur communauté.
  • « Une pauvreté généralisée, un faible rendement scolaire, des taux de violence communautaire et interpersonnelle élevés, des taux élevés de décès et de suicides liés à l'alcool, une mauvaise santé et des relations minées au sein de la famille et de la communauté. » (Shattered Hearts (PDF))

Écoutez l'audio suivante dans laquelle Rose Henry, conseillère des collectivités autochtones du territoire des Salish du littoral, explique pourquoi les Autochtones sont particulièrement vulnérables à la traite des personnes au Canada.

Vulnérabilités des peuples autochtones. Rose Hentry, Conseillère des collectivitiés autochtones, Territoire des Salish du littoral

Au Canada, une recherche du Dr. Mark Totten, menée pour le compte de l'Association des femmes autochtones du Canada, a permis de définir des tendances particulières quant à la façon dont les femmes et jeunes filles autochtones vulnérables sont exploitées.

Selon le Dr Totten, « La traite liée à des fins d'exploitation sexuelle des femmes et jeunes filles autochtones est très répandue sur le territoire canadien, en particulier dans les Provinces des Prairies. On trouve des réseaux de traite dans les villes importantes (comme Vancouver, Winnipeg, Régina, Edmonton et Calgary) ainsi que dans de petites villes en Colombie-Britannique et dans les Prairies.

« Il existe des circuits triangulaires de villes dans les provinces (p. ex. Saskatoon-Edmonton-Calgary-Saskatoon et Calgary-Edmonton-Vancouver-Calgary). Les installations de forage pétrolier et l'industrie minière en Alberta contribuent aux activités liées à la traite. Lorsqu'elles sont rejetées de leur communauté ou qu'elles la fuient, les femmes autochtones aboutissent dans les “quartiers chauds” des grandes villes, comme la partie est du centre-ville de Vancouver, où elles risquent fort de subir des actes de violence grave ou même d'être assassinées. »

Le rapport Protecting Sacred Lives (PDF) de l'AMR Planning and Consulting fait état des conclusions suivantes :

  • « Chaque année, on dénombre quelque 400 enfants et jeunes victimes d'exploitation dans les rues de Winnipeg; de 70 à 80 % de ces victimes sont d'origine autochtone.
  • Le processus de conditionnement et de préparation des enfants et des jeunes autochtones au commerce du sexe est un long processus qui débute dès l'enfance.
  • Pour la plupart de ces jeunes, les pensionnats et les organismes de protection de la jeunesse font partie de l'histoire familiale.
  • Les jeunes sont plus susceptibles de se prostituer dans la rue, souvent dans les voitures et dans les maisons de passe, plutôt que dans des établissements.
  • Les prédateurs sexuels sont généralement des hommes blancs des classes moyenne et supérieure. »

Vulnérabilités particulières

« Les types de traite dont les femmes et jeunes filles autochtones sont victimes du fait d'être Autochtones sont liés à la discrimination, au racisme, à la pauvreté et à la rupture de l'organisation sociale de la communauté. » Tiré de l'article Trafficking of Aboriginal Women and Girls in Canada (PDF) par Annette Sikka.

  • Selon les recherches (PDF) menées par Anupriya Sethi, « il existe des communautés dans le Nord au sein desquelles les filles des Premières nations sont victimes d'abus sexuels et mises sur le marché de la prostitution par leurs parents, hommes ou femmes (un frère, un père, un grand-père ou un oncle…)… » et « un autre type d'exploitation sexuelle est organisé (lié aux gangs) et se dissimule sous la forme d'agences d'hôtesses, de studios de massage ou de danseuses exotiques. »

    Anupriya Sethi conclut également que « la coercition et la tromperie comptent parmi les diverses méthodes employées par les trafiquants pour forcer les jeunes filles autochtones à entrer dans le commerce de l'exploitation sexuelle » et que le recrutement s'effectue par Internet, dans les aéroports, les écoles, les bars, par des trafiquants se faisant passer pour des petits amis et par d'autres filles qui n'ont « pas le choix si ce n'est celui d'accepter de faire ce que le trafiquant exige, sous l'emprise de la peur ou, dans certains cas, pour répondre à leurs propres besoins de survie ».
  • Le manque de possibilités de transport dans certaines petites collectivités et collectivités plus rurales oblige aussi les jeunes filles autochtones à faire de l'autostop, ce qui les met « en danger d'exploitation sexuelle ».

Dans le vidéoclip suivant du documentaire Enslaved and Exploited: The Story of Sex Trafficking in Canada, les experts canadiens, dont Anupriya Sethi, abordent la traite des femmes et jeunes filles autochtones à des fins d'exploitation sexuelle à l'échelle nationale.

Anupriya Sethi, chercheur

La traite des personnes dans le Nord

La traite des personnes existe partout au Canada, y compris au Nunavut, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Yukon. Helen Ross, présidente de Ottawa Coalition to end Human Trafficking et chercheuse sur les problèmes liés à la traite dans le Nord canadien, affirme :

Les femmes et les jeunes venant de communautés des Premières nations, d’Inuits et de Métis établies au nord du 60e parallèle sont extrêmement vulnérables à la traite des personnes. Un faible niveau de confiance en soi, une réticence généralisée à dénoncer les crimes et le manque de services d’aide contribuent aux difficultés que prose l’évaluation de l’importance de la traite dans le Nord canadien. Les travailleurs de première ligne, les membres de la communauté et d’anciennes victimes nous confirment l’existence de l’exploitation sexuelle forcée sous diverses formes.  Les inquiétudes se portent notamment sur les pratiques d’adoption d’enfants du Nord Canadien par des familles elles-mêmes vulnérables et par des prédateurs adultes des régions plus au sud du Canada et des États-Unis. Nous sommes au courant d’incidents lies a des sollicitations en ligne pour de la ‘vente’ de bébés, ainsi que pour la vente d’oranges. Lorsque les résidents du Nord se rendent dans les centres urbains au sud pour des rendez-vous médicaux, un traitement pour les toxicomanies ou dans le cadre de programmes de résidence ou de justice pour les jeunes, ils deviennent des proies faciles pour les trafiquants qui les considèrent comme des denrées exotiques pour le commerce du sexe. Nous sommes préoccupés par le sort des jeunes qui se rendent dans le sud du pays ou en Alaska et au Groenland avec des ‘petits amis’ plus âges. Le sexe de survie (définition : échange d’actes sexuels contre des produits de première nécessité, tels la nourriture et le logement; ces actes peuvent également être échanges contre de la drogue ou encore pour rendre une faveur) est une pratique commune chez les jeunes et les adultes et cela peut les rendre vulnérables a la traite. La traite de personnes existe bel et bien dans le Nord.

Assemblée des chefs du Manitoba

Stand Strong: Prevent Human Trafficking; Stop the Sexual Exploitation of First Nations People

L'Assemblée des chefs du Manitoba a reçu du financement de l'organisme Condition féminine Canada afin de concevoir une stratégie globale visant à aborder la question de la traite des personnes dans les collectivités autochtones, notamment dans l'Ouest canadien. Dans le cadre de ce plan, une brochure a été élaborée spécialement pour les peuples des Premières nations, intitulée Stand Strong: Prevent Human Trafficking; Stop the Sexual Exploitation of First Nations People (PDF).

 

Cliquez ici pour aller à la page précédente. précédente suivant Cliquez ici pour aller à la page suivante.

 

 

Tous droits réservés © Province de la Colombie-Britannique, 2014